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A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Etonnant comme il semble plus facile d'observer et surtout d'approcher les oiseaux en Afrique (de l'Ouest, pour le peu que je connais), par rapport à ce qu'il est possible de faire en Europe. Rien à voir avec une quelconque pression de chasse (pour parler de la France, j'ose écrire: "quoique ?"), rien à voir non plus avec une idée préconcue prétendant que les oiseaux "exotiques" - sémantique de toubabou, je m'en excuse par avance - sont moins farouches; de mon expérience, la grande différence, c'est qu'en Afrique, dans la campagne, heu... pardon, la brousse, on peut se ballader quasiment presque partout, voire partout si l'on a un minimum de savoir-vivre. Se ballader est une chose, mais une autre est de passer où l'on veut pour suivre ou approcher un bestiau (pas de restriction, le bestiau peut aussi être un oiseau) après l'avoir débusqué et qu'il a dégagé (qu'il s'est envolé le cas échéant, donc) un peu plus loin.

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Car la plupart du temps, en Afrique de l'Ouest, le no trespassing "rosbif" - sémantique de français, je m'en excuse encore par avance - n'existe pas, en tout cas en brousse et si l'on veut bien respecter l'autre.

Ainsi en brousse, je n'ai jamais vu de barbelés, je n'ai jamais vu non plus de panneaux "propriété privée" incluant éventuellement des menaces comme cela se voit du côté de Montpellier (c'est du vécu) et j'imagine ailleurs dans le sud de la France. Pas plus qu'un paysan, armé d'un tromblon, venir t'engueuler parce que tu marchais ou rampais dans un coin de campagne où pourtant il semblait que tu n'importunais personne.

Le savoir-vivre ici, c'est tout simplement de saluer, dire ce que tu es venu faire ou pourquoi tu es bizarrement là dans une position inhabituelle (rampant à plas ventre dans un bas-fond par exemple).

Alors à pieds, à cheval ou en voiture, on passe partout

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

A pieds, bien sûr. A cheval, jamais fait.

Et en voiture. C'est d'ailleurs un affût formidable, comme déjà dit dans un article précédent. Pas seulement au bord des pistes mais aussi du goudron, on observe beaucoup de choses intéressantes. La technique est toute simple: on roule à vitesse lente, la vitre baissée au trois-quart pour pouvoir bien caler le téléobjectif (sinon on est trop bas pour viser), on s'arrête progressivement après avoir repéré une cible. Les oiseaux sont habitués aux voitures, et savent j'imagine que si personne n'en descend, il sont en sécurité; ils savent aussi semble-t-il que, tant que le moteur tourne, aucun danger. En revanche, l'arrêt du moteur les rend rapidement nerveux et ils s'envolent ensuite dans la majorité des cas. Le souci est que le tremblement du moteur est tel qu'il très difficile d'obtenir une photo nette; couper le moteur est donc impératif. En général, j'observe l'oiseau moteur tournant pendant un certain temps, prends quelques photos en espérant que les dieux du focus seront au rendez-vous; enfin je tente, je coupe le moteur, et ca marche quand même régulièrement.

J'ai longuement hésité pour ne pas mettre en péril le mythe du baroudeur habillé en para-commando progressant au milieu dans la jungle parmi les reptiles, afin d'obtenir avec peine des clichés, mais je livre quand même maintenant quelques exemples.

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Pour ce premier exemple, la voiture a été vraiment utilisée comme un affût (certes très temporaire), quasiment pas comme moyen de locomotion, ou plutôt de billebaude. Sur une piste malienne, dans une savane boisée entre Bla et Teriyabougou (environ 300 kilomètre à vol d'oiseau au nord-est de Bamako), je repère d'une peu loin une sorte de petit merle, manteau sombre, haut de la tête jaune vif, poitrine/ventre rouge également vif, s'engouffrant dans un bosquet; je m'arrête et observe le manège d'un Gonolek de Barbarie - c'est de lui dont il s'agit - qui régulièrement sort du bosquet pour picorer quelques insectes, puis s'y engouffrer à nouveau. A l'occasion d'un retour du Gonolek à couvert, j'avance rapidement la voiture au plus près, éteins le moteur, puis attends. J'attends, fenêtre ouverte, malgré la grosse chaleur. Il se montre furtivement à travers les branches des épineux, il hésite à sortir. Il le fait pourtant peut-être 10 mn après. Progressivement, il reprend confiance, ne se soucie plus trop de la voiture qui finalement fait partie du décor d'une piste de brousse, et vaque à ses occupations habituelles. Une petite dose de chance fait le reste, pour qu'il s'approche du photographe, et non l'inverse.

Gonolek de Barbarie (adulte) - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

Gonolek de Barbarie (adulte) - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Ce qu'on a le plus l'habitude de rencontrer au bord des pistes et des routes, ce sont des rapaces bien sûr. Sans doute parce que ces pistes et routes ne sont pas loin d'être des fast-food pour eux: quoi de plus facile que de repérer une proie (insecte, rongeur, serpent, margouilla, etc.) sur une telle surface dégagée, d'ailleurs proie bien vivante ou devenue charogne suite au passage d'un sotrama (minibus-taxi malien), d'un woro-woro (taxi ivoirien), ou de ma propre bagnole... désolé pour le margouilla et autre poulet bicyclette qui se sont aventurés entre mes roues, que la terre lui soit légère.

Ici, un petit éventail de ce que l'on peut trouver comme oiseaux de proies sur les pistes et les routes.

Autour Sombre (adulte) - Au milieu de nulle part dans la région de Kangaba, Mali, 11 mars 2012

Autour Sombre (adulte) - Au milieu de nulle part dans la région de Kangaba, Mali, 11 mars 2012

Busautour des Sauterelles (adulte), baillant, au petit matin - Au bord de la piste reliant Siby à Bankoumana, Mali, 19 novembre 2011

Busautour des Sauterelles (adulte), baillant, au petit matin - Au bord de la piste reliant Siby à Bankoumana, Mali, 19 novembre 2011

Faucon Ardoisé (Adulte) - Au bord d'une piste dans la savane d'Assinie, Côte d'Ivoire, 26 octobre 2012

Faucon Ardoisé (Adulte) - Au bord d'une piste dans la savane d'Assinie, Côte d'Ivoire, 26 octobre 2012

Faucon Lanier (adulte) s'envolant de son perchoir dès après avoir coupé le moteur  - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

Faucon Lanier (adulte) s'envolant de son perchoir dès après avoir coupé le moteur - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

Gymnogène d'Afrique (adulte) - Au bord du goudron entre Grand Lahou et Braffedon, Côte d'Ivoire, 18 novembre 2102

Gymnogène d'Afrique (adulte) - Au bord du goudron entre Grand Lahou et Braffedon, Côte d'Ivoire, 18 novembre 2102

Gymnogène d'Afrique (juvénile), à la recherche de proies sur un pylone - Au bord du goudron entre Grand Lahou et Braffedon, Côte d'Ivoire, 03 août 2103

Gymnogène d'Afrique (juvénile), à la recherche de proies sur un pylone - Au bord du goudron entre Grand Lahou et Braffedon, Côte d'Ivoire, 03 août 2103

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Des Rapaces, mais pas seulement, évidemment. On peut tomber sur toutes sortes d'espèces.

Comme ce Martin-chasseur du Sénégal, on pourrait dire un Martin-pêcheur dont le régime alimentaire ne se réduit pas, loin de là, aux poissons; perché sur un câble téléphonique, attendant patiemment qu'un lézard ou un gros insecte se laisse écraser sur la piste bordant la ligne de maquis-restaurants de Grand Bassam, Côte d'Ivoire, en bord de mer.

Ou comme ce Calao à Bec Noir, on pourrait dire un Toucan africain, repéré en bord de goudron dans le sud du Mali, au petit déjeuner.

Ou bien ce Coucal du Sénégal, cousin du Coucou.

Ou bien encore ces trois Piqueboeufs à Bec Rouge véhiculés par un zébu roulant à contre-sens sur la piste.

Etc. Ad libitum.

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue
Calao à Bec Noir au petit déjeuner - Au bord du goudron entre Bankoumana et Kangaba, Mali, 12 février 2012

Calao à Bec Noir au petit déjeuner - Au bord du goudron entre Bankoumana et Kangaba, Mali, 12 février 2012

Coucal du Sénégal - Au bord du goudron du côté de Grand Bassam , Côte d'Ivoire, 18 août 2013

Coucal du Sénégal - Au bord du goudron du côté de Grand Bassam , Côte d'Ivoire, 18 août 2013

Piqueboeufs à Bec Rouge, utilisant les transports en commun, bien calés contre la bosse d'un zébu à défaut de mettre la ceinture de sécurité - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

Piqueboeufs à Bec Rouge, utilisant les transports en commun, bien calés contre la bosse d'un zébu à défaut de mettre la ceinture de sécurité - Quelque part au bord d'une piste entre Bla et Teriyabougou, Mali, 21 janvier 2012

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Sur la terre ferme, les pieds ou les roues, c'est la solution. En zones humides, il reste la pirogue.

Relativement facile de trouver la pirogue, en revanche, plus dur de dénicher le bon piroguier qui aura compris parfaitement l'objectif du toubab, qui saura faire des approches doucement, doni-doni, voire sogo-sogo, au mieux, grâce à son savoir-faire, son habitude de la faune, et aussi un peu en suivant les instructions de l'ornitho. Cet ornitho doit aussi être compréhensif ou indulgent, car les approches ne marchent pas toujours, il y a beaucoup de déchets, et lorsque l'on est en binôme, on est souvent tenté de rejeter la responsabilité de l'échec sur l'autre. Bref, il faut trouver le piroguier avec qui cela va fonctionner.

Ensuite, la pirogue, c'est un truc instable, problème accentué par les mouvements du piroguier qui conduit à la rame ou à la perche, ou plutôt les deux en fonction de la profondeur d'eau. Prendre des photos en étant sans arrêt déséquilibré, ou simplement observer aux jumelles, c'est un vrai challenge. Alors plutôt que de s'assoir, il est préférable de se mettre à plat ventre, l'appareil photo plaqué contre le bout de la pirogue; comme ça on y arrive à peu près.

Mais il ne faut pas craindre les fourmis dans les bras, les courbatures, et surtout de se salir. car toutes les pirogues prennent l'eau, même les plus sophistiquées. Malgré les efforts du prioguier qui écope régulièrement, la chemise et le pantalon, côté face, ne sont pas beaux à voir au bout de quatre à cinq heures de navigation. Sans parler de l'odeur - de vase -, comme dirait l'autre.

A pieds (à cheval ?) et en voiture... et en pirogue

Recette: une zone humide, mare ou fleuve; une pirogue, qui prend l'eau bien sûr mais pas trop; des vêtements dont on peut se dire qu'il faudra les jeter, dans le pire des cas; une relative bonne consitution physique; un bon mental pour ne pas craindre le crcoco ou de se retrouver avec un ver de cayor le lendemain (c'est du vécu...); le piroguier qui va bien (comme l'ami Mahama, pêcheur bozo natif de Djenné au Mali, installé en Côte d'Ivoire - photo ci-contre); et une bonne dose de patience.

On peut alors y aller, et espérer voir et photographier de jolies choses: hérons, canards, petits échassiers... sans parler d'improbables sauriens, hippopotames, varans...

Exemples.

Hippopotames Amphibies - Fleuve Niger, non loin de la frontière guinéenne, Mali, 02 juillet 2011

Hippopotames Amphibies - Fleuve Niger, non loin de la frontière guinéenne, Mali, 02 juillet 2011

Martin-pêcheur Huppé (adulte), trempé après avoir plongé, mais revenu bredouille - Lagune d'Assinie Mafia, Côte d'Ivoire, 20 janvier 2013

Martin-pêcheur Huppé (adulte), trempé après avoir plongé, mais revenu bredouille - Lagune d'Assinie Mafia, Côte d'Ivoire, 20 janvier 2013

Jacana à Poitrine Dorée (juvénile), marchant sur un tapis de nénuphards - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 03 février 2013

Jacana à Poitrine Dorée (juvénile), marchant sur un tapis de nénuphards - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 03 février 2013

Anserelle Naine (adulte mâle) - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 17 février 2013

Anserelle Naine (adulte mâle) - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 17 février 2013

Bécasseau Cocorli (entre plumages nuptial et d'hiver), migrateur européen - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 11 août 2013

Bécasseau Cocorli (entre plumages nuptial et d'hiver), migrateur européen - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 11 août 2013

Chevalier Sylvain (plumage d'hiver), migrateur européen - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 11 août 2013

Chevalier Sylvain (plumage d'hiver), migrateur européen - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 11 août 2013

Barge Rousse (plumage d'hiver), migrateur européen - Embouchure du Bandama, Vieux Lahou, Côte d'Ivoire, 14 avril 2013

Barge Rousse (plumage d'hiver), migrateur européen - Embouchure du Bandama, Vieux Lahou, Côte d'Ivoire, 14 avril 2013

Cigogne d'Abdim - Fleuve Niger, Segou, Mali, 16 avril 2011

Cigogne d'Abdim - Fleuve Niger, Segou, Mali, 16 avril 2011

Bec-en-ciseaux d'Arique (adulte) - Fleuve Niger, non loin de la frontière guinéenne, Mali, 25 février 2012

Bec-en-ciseaux d'Arique (adulte) - Fleuve Niger, non loin de la frontière guinéenne, Mali, 25 février 2012

Crabier Chevelu, prêt à attraper un poisson - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 17 février 2013

Crabier Chevelu, prêt à attraper un poisson - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, 17 février 2013

Après avoir écumé les marais depuis le petit jour, un peu à pieds, beaucoup en pirogue - mais cette fois sans utiliser la voiture - la sortie s'achève. Vu la tête que tire l'ornitho, ça n'a pas du être fameux.

La prochaine fois, ce sera sans doute meilleure, à défaut d'être la bonne... bien sûr si Dieu le veut.

Retour de sortie ornitho - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, janvier 2013

Retour de sortie ornitho - Marais temporaires d'Assouinde, Côte d'Ivoire, janvier 2013

Tag(s) : #Côte d'Ivoire, #Mali

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