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Mali ba à Safola

Mali, samedi 2 juillet 2011, arrivée dès l'aube à Siby, ou je retrouve l'ami Malinké Seydou.

Siby est une bourgade à 1h de goudron depuis Bamako vers la Guinée, située dans la savane boisée du Pays Manding; elle est plantée aux pieds des monts du même nom. La petite ville est bien connue car facile d'accès depuis la capitale Malienne, et réputée pour ses mangues (les meilleurs doivent être cueillies, de mémoire) et son marché coloré du dimanche. A ce titre, beaucoup de Bamakois y fon un saut le weekend, aussi pour respirer un peu d'air pur et déjeuner au paisible maquis "la calebasse".

Mali ba à Safola

C'est également un spot touristique, grâce à diverses "sculptures naturelles", en partIculier l'Arche de Kamandjan, arche de pierre qui d'après la légende, aurait été percé en des temps reculés par le Roi local d'un coup dépée. Aussi grâce à l'Enclume de Niemeka, rocher fitini (fin) et tout en hauteur.

Ca, c'était quand les touristes venaient encore au Mali, et que Seydou pouvait exercer pleinement son métier, guide officiel détenteur de la carte délivrée par le Ministère du Tourisme Malien. A l'époque où je sévissais an Mali (de 2010 à 2012), le touriste était la denrée rare, et Seydou m'a souvent dit que j'étais pour lui en quelques sorte une bénédiction du ciel. Car pendant près d'un an et demi, nous nous retrouvions au moins trois weekend par mois, pour arpenter la brousse ensemble, en rayonnant autour de Siby.

L'Arche de Kamandjan, Siby, Mali

L'Arche de Kamandjan, Siby, Mali

Depuis l'Arche de Kamandjan, vue des Monts Manding et de la savane boisée de Siby en contrebas

Depuis l'Arche de Kamandjan, vue des Monts Manding et de la savane boisée de Siby en contrebas

Seydou, je l'ai rencontré la première fois en décembre 2010. Bamakois de fraîche date, j'avais cherché un endroit pour passer un dimanche calme, et pour une fois faire le touriste; à la lecture des guides touristiques, j'avais décidé d'aller à Siby, pour les raisons que l'on sait maintenant.

Je roule à vitesse lente en entrant dans la ville et aperçois quelqu'un, casquette vissée sur la tête, assis sur une chaise en plastique, qui me fait de grands signes. Habitués à être sollicité, je fais également un signe mais continue de rouler et arrive au bout de la ville. Ne connaissant ni le lieu ni personne, je me dis alors: pourquoi pas ne pas revenir voir ce Malinké qui semblait vouloir me dire quelque chose? Et avec un peu de chance...

Effectivement, la chance était au rendez-vous.

Mali ba à Safola

Seydou et moi, nous nous présentons et je découvre qu'il est guide, mais un vrai guide, pas de ceux qui se prétendent comme tels mais n'ont aucune réponse ou explication à fournir au touriste qui s'interroge. C'est ensuite "vendu", nous partons voir l'Arche et quelques autres monuments rocheux, visiter un village Malinké, discuter avec le chef du village, nous ballader dans la savane. Au bout d'une bonne journée bien chargée et bien touristique au sens habituel du terme, je lui explique le tourisme qui m'intéresse plus: billebaude en brousse à la recherche d'oiseaux, éventuellement aussi de reptiles, mammifères... de l'éco-tourisme en somme.

Il me dit ne rien connaitre aux oiseaux; cette franchise me plaît, car en général, le gars te dis qu'il connait toutes les oiseaux du pays et qu'il sait où les trouver, ce qui se révèle quasi systématiquement être du pipo. Néanmoins Seydou est prêt à m'accompagner la prochaine fois, dans quelques coins (savane, mares, ilôts forestiers) qui pourraient être intéressants; il me promettra plus tard d'en chercher d'autres afin de varier les prospections. Promesse tenue, et depuis cette rencontre, nous avons effectué une trentaine de sorties et fait des observations quelque fois remarqubles.

Au bout d'un moment, je lui ai offert le guide des oiseaux d'Afrique de l'Ouest. Il a alors beaucoup progressé en identification, nous cherchions ensemble dans le livre les espèces et nous pouvions discuter entre ornithos au bout du compte.

Pour couronner le tout, sa vue est sans doute l'égale de celle d'un oiseau de proies ou d'un Lynx. Il était bien plus que mes troisième et quatrième yeux, c'est devenu un ami.

Si vous projetez de passer dans le coin, n'hésitez pas, je vous donnerai son contact. Seydou, c'est le guide qu'il vous faut, que vous soyez ornitho ou simple touriste.

Manguier, Siby, Mali

Manguier, Siby, Mali

Mali ba à Safola

Ce samedi de début juillet 2011, nous partons donc ensemble; après une heure de piste, nous arrivons à Bankoumana - et son vieux Baobab à moitié mort qui cotoie la mosquée - pour rejoindre le goudron qui permet d'atteindre l'objectif de la journée: le fleuve Niger près de Kangaba, à moins de 50 kilomètre de la frontière guinéenne.

Mali ba à Safola

A pied d'oeuvre, nous trouvons une pirogue et son prioguier, puis rodons pendant deux bonnes paires d'heures sur le fleuve. A part une mue de serpent trouvée près d'un arbre sur une berge, l'observation furtive d'un Jacana Nain, bien en dehors de son aire de répartition connue tout de même (j'ai bien la preuve, vous ne la verrez pas, la photo est floue, mais l'oiseau est reconnaissable) et quelques Oedicnèmes du Sénégal, la matinée se révèle décevante.

Oedicnème du Sénégal - Berges du fleuve Niger, Kangaba, Mali, 02 juillet 2011

Oedicnème du Sénégal - Berges du fleuve Niger, Kangaba, Mali, 02 juillet 2011

Un peu déçu de cette matinée, il me vient de demander au jeune piroguier s'il connait un coin à Hippopotames (ayant lu je ne sais où qu'on était susceptible d'en trouver du côté de la frontière de la Guinée). Il répond non, mais qu'il a un copain qui lui, pourrait savoir. Arrivé au village, nous tombons sur le copain; "oui, nous dit-il, je sais, mais pas sûr d'en voir, faut la chance".

Mali ba à Safola

Le gamin acceptant bien volontiers de nous accompagner, c'est décidé, nous partons aussitôt ensemble, rejoignons Kangaba, pour continuer sur une piste en prolongement du goudron, qui - à cette époque en tout cas - s'arrête quelques centaines de mètre après la ville. La piste est de bonne qualité, c'est akyin/parfait !

Après environ 25km de piste, légèrement mal aux fesses quand même, nous virons sur la gauche et prenons un sentier. Ornières, ça racle contre le chassis, végétation sur les côtés, ça racle contre les portières. Bref, après quelques kilomètres de plus, nous arrivons à Savola, petit village de pêcheurs bozos au bord du Fleuve Niger.

L'accueil au village est, comme à l'habitude, exceptionnel. Inicé/salut (ou merci) ! an'ba (intraduisible) ! Ikakéné/ça va ? Torosité/ça va très bien ! Somogobedi/la famille ? Etc. On boit le thé Malien. Etc. On explique ce qu'on est venu faire, et le Chef du village nous trouve un piroguier et une pirogue; mais encore une fois, nous sommes avertis: des hippopotames, ils en ont vu il y a trois jours, mais depuis plus, et il faut la chance.

Nous y allons quand même, évidemment.

Mali ba à Safola

La pirogue s'ébranle, serrés que nous sommes, Seydou, le jeune de Kangaba, le piroguier et moi, qui me tient en tête de gondole. Le fleuve est large et relativement rectiligne pour l'instant, alors je peux balayer facilement les côtés et loin devant aux jumelles, avec l'espoir d'avoir la chance. Après bien une demi heure de navigation, le piroguier décide de prendre à gauche dans un bras du fleuve. Je continue de pointer mes jumelles.

"Faut la chance"...

Soudain, je repère dans la mire, à sans doute 150m, des masses sombres dans l'eau. La pirogue continue d'avancer; petit à petit, je distingue mieux ce qui me semblait être des rochers.

Alors ça m'est sorti de la bouche tout d'un coup: "Mali ! Mali ba !" (Hippopotame ! Gros Hippopotame !).

Stupeur dans la pirogue, tout le monde silencieux tout d'un coup... La surprise passée, le piroguier s'excite et rame comme un forcené pour rejoindre au plus vite la berge la plus proche, stopper net, et tout le monde descend.

Je m'étonne ! Le piroguier, tétanisé, me dit qu'il ne veut plus avancer, que "Mali c'est dangereux". Je me retourne vers mes autres compagnons... Bon, j'irai seul, marcher sur la berge, m'approcher au plus près. Sans doute un peu inconscient, mais les animaux semblent si paisibles, et je ne veux surtout pas manquer cette occasion.

Je marche - prudemment quand même, lentement -, la distance entre eux et moi se réduit, et je suis maintenant à environ 20m des hippopos. Il y en a deux. Au moment où je m'assois calmement, cale mon appareil photo sur le pied, ils me fixent, puis plongent.

Hippopotames Amphibies - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali, 02 juillet 2011

Hippopotames Amphibies - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali, 02 juillet 2011

Mali ba à Safola

Ils refont surface quelques minutes après, me fixent à nouveau. Le manège recommence, puis recommence, et au fur et à mesure, les animaux semblent s'habituer à ma présence, à moins qu'ils n'en aient rien à faire, c'est sûrement plutôt ça.

Le spectable est extraordinaire. En particulier lorsque le Mali, après une apnée, expire bruyamment, et fait sortir de ses nasaux d'énormes vapeurs deau.

Oui, incroyable spectacle, je ne m'en lasse pas et les heures passent.

Il faut songer à rentrer, nous sommes loin de Bamako et je serai de retour à la nuit, après avoir ramené d'abord le p'tit gars de Kangaba, ensuite Seydou à Siby. Pas sérieux, attention aux coupeurs de route.

Mali ba à Safola
Mali ba à Safola
Hippopotames Amphibies - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali, 02 juillet 2011Hippopotames Amphibies - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali, 02 juillet 2011

Hippopotames Amphibies - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali, 02 juillet 2011

Mali ba à Safola

Depuis, je suis retourné une douzaine de fois dans le coin, et n'ai pu, par deux fois seulement, qu'apercevoir les naseaux de l'animal comme sur cette photo.Ces deux fois là, jamais il ne s'est montré.

Ou bien alors, nous sommes tombés sur des traces, voire des fientes (d'après l'identification faite par le piroguier).

Vraiment, on a eu la chance.

Fientes (à gauche) et traces (à droite) d'Hippopotame Amphibie - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), MaliFientes (à gauche) et traces (à droite) d'Hippopotame Amphibie - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali

Fientes (à gauche) et traces (à droite) d'Hippopotame Amphibie - Safola (Sud du Mali, 20 km de la frontière de la Guinée), Mali

Tag(s) : #Mali, #Hippopotame

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